Santévet : Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir taxi animalier ?
Thierry Garcia : Déjà dans le milieu animalier par l'élevage de Maine Coon de mon épouse, je me suis rendu compte que travailler avec les animaux m'apportait vraiment beaucoup personnellement. Lorsque des adoptants habitaient loin de l'élevage, il était très difficile de trouver quelqu'un de confiance pour assurer leur voyage. Je passais déjà beaucoup de temps sur la route, j'avais envie de quitter mon emploi dont j'avais fait le tour, le métier de taxi animalier s'est imposé tout naturellement et j’ai donc créée ma société Mapets.
S. V. : Quelles qualifications/formations faut-il pour exercer ce métier ?
T. G. : Pour exercer il y a 3 formations obligatoires à effectuer :
- La formation ACACED, ou “Attestation de Connaissances pour les Animaux de Compagnie d'Espèces Domestiques” correspondante aux espèces transportées
- le TAV "Transport d'Animaux Vivants" pour ces mêmes espèces qui traite essentiellement des besoins spécifiques lors d'un transport, des différentes méthodes de préhension et de la réglementation.
Ces deux formations permettent d'obtenir l'autorisation de transport délivrée par la DDPP, qui permet ensuite d'obtenir l'agrément du véhicule en Type 1 pour les trajets de moins de 8h (ou 12h sans quitter le territoire) ou en type 2 pour les trajets longs supérieurs à 8h. En type 2, la présentation et le contrôle du véhicule par la DDPP est obligatoire.
- L' Attestation de capacité Transport Léger de Marchandises est la plus importante au niveau de l'autorisation d'exercer. Elle permet d'obtenir la licence de transport délivrée par la DREAL, obligatoire pour être autorisé à facturer du transport. Cette licence peut être retirée par la DREAL chaque année selon les résultats financiers de la société. Les sanctions sont très lourdes pour quelqu'un qui exercerait sans licence de transport et les assurances en cas de problème se feraient un plaisir de se retirer sous ce motif car cela correspond purement et simplement à une activité illégale.
A cela s'ajoute, si le transport concerne un animal cédé à titre commercial, vente d'un chiot ou d'un chaton par exemple, et qu'une frontière doit être franchie, la société de transport doit être inscrites au fichier TRACES NT afin que l'éleveur puisse affecter le transporteur lors de l'édition du Certificat TRACES.
S. V. : Quelles conditions doivent remplir les maîtres pour que leurs compagnons puissent être pris en charge ?
T. G. : Pour ma part je ne propose que des voyages exclusifs, je ne fais pas de groupage donc la seule obligation si les animaux ne quittent pas le territoire français est l'identification pour les carnivores domestiques auprès de l'I-CAD.
Pour les transporteurs qui proposent des tournées où les animaux provenant de différents environnements sont regroupés, les vaccins sont souvent exigés ce qui est tout à fait normal. Si une frontière doit être franchie au sein de l'UE, l'animal doit voyager au minimum avec un passeport Européen et être à jour de son vaccin antirabique ; ensuite certains pays ont plus d'exigences que d'autres comme des titrages antirabiques par exemple. J'informe mes clients au cas par cas pour chaque destination demandée.
« Les chiens et les chats qui représentent 99 % de mon activité. »
S. V. : Quels types d’animaux transportez-vous le plus souvent ?
T. G. : Ce sont clairement les chiens et les chats qui représentent 99 % de l'activité, et c'est toujours un plaisir. Mais j'ai eu la chance d'accompagner à plusieurs reprises des Aras Ararauna en transfert entre zoos, même si je ne suis pas fan des animaux en cage, il faut bien l'avouer que côtoyer de près ces oiseaux est vraiment magique. Les lapins me sont également assez fréquemment confiés, leur transport demandent beaucoup d'attention car leur transit doit être étroitement surveillé.
S. V. : Dans quelles situations les clients font appel à vous ?
T. G. : Il s'agit principalement de déménagement, mutation, etc. où les clients préfèrent que leurs animaux soient partis avant que les déménageurs arrivent afin de limiter le stress, et ensuite des adoptants qui me missionnent pour aller chercher leur chiot ou leur chaton depuis les élevages. C'est à peu près à part égale.
S. V. : Comment rassurez-vous les propriétaires qui vous confient leur animal ?
T. G. : Cela vient naturellement lors des échanges, que ce soit par écrit ou de vive voix, ce qui m'importe le plus est de parler de leur animal avant tout, d'essayer d'en savoir plus sur son caractère, ses besoins, et cela avant de parler de formalités, de tarifs, de paiement. Cela suffit à montrer que le bien-être animal est au centre de toutes mes attentions.
« La sécurité est évidemment une priorité absolue. »
S. V. : Comment assurez-vous la sécurité et le bien-être des animaux pendant le trajet ?
T. G. : La sécurité est évidemment une priorité absolue. J'utilise des cages métalliques qui sont sélectionnées pour correspondre à la taille de chaque animal afin qu'il puissent se mouvoir librement mais qu'en cas de freinage d'urgence par exemple leur inertie soit la plus limitée possible afin de ne pas causer de blessure.
L'avantage des cages métallique est double : d'une part les animaux se rendent très vite compte que leur environnement est sûr car ils voient très clairement tout ce qui les entoure ce qui fait rapidement descendre le stress de l'embarquement.
D'autre part, elles m'offrent une visibilité sans égal avec la vidéosurveillance permanente qui me permet de juger de leur état de stress mais également de voir s'ils ont fait leurs besoins et ainsi m'arrêter rapidement pour les remettre dans un espace propre et agréable.
Certains transporteurs utilisent des cages IATA, parfois même en les indiquant obligatoires, elles ne le sont comme leur nom l'indique qu'en avion (International Air Transport Association), elles sont très oppressantes car très fermées ce qui est indispensable en avion mais on peut s'en passer sur la route et offrir un peu d'air à nos précieux passagers. Même s'il est certain que ce ne sera pas la plus belle journée de leur vie, il est impératif de faire de mon mieux pour le rendre le moins difficile possible.
S. V. : Êtes-vous formé aux premiers secours animaliers ?
T. G. : Comme je l'ai indiqué les formations nécessaires pour exercer sont nombreuses, chronophages et sans vous mentir relativement onéreuses. La capacité de transport coûte à elle seule près de 1 000€ pour une centaine d'heure et un examen en présentiel. Comme je ne souhaite pas suivre cette formation à distance comme certains organismes le proposent, j'ai prévu cette formation pour début 2027 ainsi qu'une formation pour l'attestation d'aptitude pour chien dit dangereux. Ce ne sont pas des formations obligatoires mais ce sont sans aucun doute des formations utiles.
« Tout doit être pensé en amont pour limiter le stress des animaux. »
S. V. : Comment gérez-vous les animaux stressés ou anxieux ?
T. G. : Il faut vraiment que tout soit pensé en amont pour limiter le stress mais malgré tout cela arrive parfois. La plupart des animaux qui m'ont été confiés et qui ont été stressés sont ceux qui arrivaient d'un vol long-courrier, je les récupère très souvent à leur arrivée à CDG en provenance de Nouméa, soit plus de 30h de vol donc au bas mot 36h sans sortir de leur cage. Et là une seule solution, les laisser prendre l'air !
Pour les chiens, une grande promenade afin de les laisser se dégourdir les pattes et retrouver des réactions instinctives pour eux et rassurantes. Pour les chats, c'est plus compliqué, je leur ouvre la cage dans le véhicule fermé et les laisse explorer, un peu de jeu ou de câlins selon les envies de chacun. C'est vrai que cela prend du temps mais après cela ils sont prêts et en de bonnes conditions pour prendre la route !
S. V. : Avez-vous une anecdote marquante ou touchante à raconter ?
T. G. : J’ai eu le plaisir d'accompagner deux Dogues Allemands adultes, père et fils nommés Baloo et Alpha, au bas mot 80 kg chacun ! Nous sommes partis de Nantes jusqu'à Athènes impliquant donc une traversée en ferry d'une bonne quinzaine d'heures, de Bari en Italie jusqu'à Patras en Grèce.
Une fois passé l'enregistrement, avec les nombreux passagers qui souhaitaient prendre des photos avec ces deux phénomènes, il a fallu rejoindre la cabine et déambuler dans les couloirs d'un ferry avec deux chiens format poney, c'était un grand moment !
Mais le plus touchant est que je suis retourné chercher ces deux loulous à Bari en Italie quelques mois plus tard pour les accompagner dans le sud-ouest de la France. Plusieurs mois s'étaient écoulés, je ne m'attendais pas à ce qu'ils me reconnaissent, et quand Baloo a entendu ma voix, il est tout de suite venu se blottir entre mes jambes, c'était vraiment un très beau moment pour moi.
S. V. :Quelles sont les principales difficultés du métier ?
T. G. : Hormis le multitâche indispensable comme tous les indépendants car il faut être chauffeur, convoyeur, commercial, webmaster, animateur de réseaux sociaux, comptable, etc., il n'y a pas plus de difficultés que cela. Il faut aimer les animaux, aimer le contact, aimer aussi la solitude car il est très fréquent de rester seul plusieurs jours. Même si nous avons aujourd'hui les technologies qui permettent beaucoup de choses, un petit moment de repos dans le canapé bercé par les ronronnements de mes chats, ça ne se fait pas en visio !
S. V. :Quelles erreurs les gens font-ils le plus souvent concernant le transport des animaux ?
T. G. : L'erreur la plus fréquente est de confondre et de comparer un taxi qui fait du porte à porte en individuel et un bus qui fait du groupage. Ce n'est pas la même qualité de service, ce n'est pas le même confort, la même surveillance, ni la même sécurité et ce n'est donc pas non plus le même tarif.
Effectivement, comme pour tout corps de métier, faire appel à un professionnel coûte plus cher que de le faire soit même, j'ai parfois la remarque "ça me revient moins cher si j'y vais moi !", que voulez-vous répondre à cela ?
S. V. :Comment voyez-vous l’évolution du métier de taxi animalier ?
T. G. : Le bien-être animal est enfin pris en compte de plus en plus dans notre société. Je pense que les propriétaires se tourneront davantage vers des services de voyage sur mesure car tout le trajet est adapté à leur animal et il est le centre d'attention unique pendant toute sa durée. C'est ma vision de ce métier et je ne peux pas concevoir que l'on puisse prendre un chaton de 3 mois dans un élevage, le séparer en quelques minutes de sa mère et de ses frères et sœurs et qu'il se retrouve seul dans une cage à côté de chats adultes, de chiens qui aboient, avec de nouveaux bruits et de nouvelles odeurs. Je n'ose pas imaginer ce qu'il doit ressentir, c'est au-delà de mes capacités émotionnelles !
S. V. :Avez-vous des projets ou des idées pour développer votre activité ?
T. G. : Je projette à moyen terme de valider des capacités pour d'autres espèces et notamment certains animaux domestiques mais non considérés officiellement comme de compagnie comme les chèvres naines ou les cochons miniatures qui sont de plus en plus présents dans les foyers et qui nécessitent des compétences, des autorisations et des agréments spécifiques. Je prévois également de présenter mon prochain véhicule à l'APHA (Animal and Plant Health Agency), l'équivalent de la DDPP afin de pouvoir traverser la manche et avoir toutes les autorisations obligatoires pour exercer au Royaume-Uni.
Santévet
Leader de l'assurance santé animale
Photos : Mapets/DR