Santévet : Qu’est-ce qui vous donné envie de devenir Assistante spécialisée vétérinaire ?
Cécile Joseph : Comme beaucoup, l’envie de m’occuper et de soigner les animaux. Avec mon chat d’enfance, Lucky, j’ai découvert le métier « d’Auxiliaire Spécialisée Vétérinaire » en l’emmenant en clinique. Il y avait une pancarte représentant l’équipe vétérinaire. Je me suis renseignée sur le métier d’ASV et j’ai tout de suite eu envie de m’orienter vers cette profession !
S. V. : Quel a été votre parcours de formation ?
C. J. : Suite à un stage découverte de 15 jours, j’ai suivi la formation sur 2 ans en alternance du GIPSA, de 2012 à 2014. Formation reconnue par l’État et le corps vétérinaire. J’avais une semaine de cours à Bourg-en-Bresse et trois semaines dans les cliniques de Monistrol-sur-Loire et Yssingeaux (Haute-Loire), deux structures, les mêmes vétérinaires associés.

S. V. : Quelles compétences sont indispensables pour être une bonne ASV ?
C. J. : Savoir s’adapter et anticiper les besoins du vétérinaire pour faciliter son travail, être dynamique, patiente et diplomate, à l’écoute, mais aussi un bon sens d’organisation.
« Être ASV, ce n’est pas caresser des animaux toute a journée ! »
S. V. : Quelles sont les tâches les plus importantes dans votre rôle ?
C. J. : S’assurer du bien-être animal, l’aide au vétérinaire (anticipation et organisation), l’accueil des clients et la gestion du planning. Il ne faut pas penser que l’on va caresser des animaux toute la journée. Il y a beaucoup de ménage, (nettoyer des urines, des selles, du vomi etc.). Beaucoup de gestion de l’humain, du relationnel, surtout avec les propriétaires. Et puis évidemment nous voyons des animaux blessés, malades, dont le pronostic vital est engagé, ceux qui sont en fin de vie etc. Cela est triste.
S. V. : Comment s’organise la collaboration avec les vétérinaires et les autres ASV ?
C. J. : Il faut beaucoup de communication. Des réunions sont organisées régulièrement pour améliorer, discuter des points qui ne vont pas et nous avons des groupes sur WhatsApp pour échanger directement des informations.
S. V. : Quelle part de votre travail est consacrée aux soins, à l’accueil, à l’administratif ?
C. J. : Nous fonctionnons sous forme de poste :
- Poste 1 = accueil
- Poste 2 = aide en chirurgie, soins et chenil
- Poste 3 = aide aux poste 1 et 2.
Nous essayons entre collègues de tourner un maximum sur chaque poste, chacune doit faire de tout dans la semaine. Pour ma part, je fais 31h que sur la clinique d’Yssingeaux, donc en moyenne 2 jours à l’accueil, 1 jour en chirurgie et la demie journée au poste 3. Mais nous ne sommes pas toujours 3 ASV, selon le planning préétabli. Cela varie selon les absences et les congés.

S. V. : Comment gérez-vous les animaux stressés ou agressifs ?
C. J. : J’observe dans un premier temps et suis prudente, j’avance en douceur. C’est au cas par cas. Il y a différents degrés d’agressivité, ceux que nous ne pouvons pas approcher, ceux qui le deviennent quand nous les touchons, ceux qui le deviennent dès qu’ils sont contraints etc.
Idem pour les animaux stressés, certains sont tétanisés et d’autres vont réagir de manière agressive. La conduite n’est pas la même selon le cas et selon ce dont nous avons besoin de faire sur l’animal.
Pour les chiens, nous mettons si nous le pouvons la muselière, pour les chats ils sont enveloppés dans une serviette. Si c’est pour des examens complémentaires et que l’animal n’est vraiment pas coopératif, le vétérinaire effectue une tranquillisation. Si c’est en hospitalisation, nous faisons intervenir les propriétaires avec nous. Nous mettons des prolongateurs sur les perfusions, ce qui déjà nous permet de pratiquer les injections de manière sûre.
S. V. : Comment faites-vous face à des propriétaires inquiets, en colère ou en détresse ?
C. J. : Tout d’abord j’écoute. Pour les propriétaires inquiets, je fais preuve de compréhension, je tente de les apaiser mais je reste réaliste aussi, selon l’état de santé de leur animal. Je ne prononce pas de pronostic c’est le rôle du vétérinaire. Par exemple, souvent les propriétaires d’animaux hospitalisés posent beaucoup de questions aux ASV, surtout lorsqu’ils viennent en visite, car c’est nous qu’ils voient le plus. Il faut reprendre le discours du vétérinaire, réexpliquer en douceur.
Pour les propriétaires en colère, c’est le plus difficile à gérer. Il faut identifier l’origine de leur colère, réexpliquer si nécessaire, être diplomate tout en restant ferme si leur colère n’est pas justifiée.
S. V. : Quelle est, selon vous, la clé d’une bonne relation client en clinique vétérinaire ?
C. J. : Une bonne communication, une bonne écoute et des explications précises et claires.

S. V. : Avez-vous des conseils simples pour préparer son animal à une visite chez le vétérinaire ?
C. J. : Pour les chats habitués à la cage de transport en la laissant dans la maison, utiliser des sprays à base de phéromones… Pour les chiens, les habituer aux trajets en voiture, et à rentrer dans la clinique juste pour la pesée par exemple.
S. V. : Quelle a été la situation la plus difficile que vous ayez eu à gérer ?
C. J. : Je n’ai pas souvenir d’une situation en particulier. Pour moi, la gestion de propriétaires colériques, voire agressifs. La gestion du planning lorsque la demande de rendez-vous est trop forte ou qu’il y a plusieurs urgences en même temps. Ce sont des situations complexes qu’il faut résoudre. Mais je n’en ai pas une en particulier qui ressort.
S. V. : Comment faites-vous face à l’euthanasie et à la détresse émotionnelle ?
C. J. : Avec les propriétaires, ce sont des moments délicats, il faut faire preuve d’empathie et cerner leur manière de gérer leurs peines. Certains se renferment et ne veulent pas parler. D’autres recherchent du réconfort, certains sont soulagés... Notre manière de réagir n’est pas la même.
« Lorsqu’un animal est hospitalisé longtemps, c’est une vraie joie de le voir rentrer chez lui. »
S. V. : Quel est votre plus beau souvenir en clinique ? Un animal ou une histoire qui vous a particulièrement marquée ?
C. J. : Idem que pour une question précédente, il y en a plusieurs. Les césariennes, le moment où j’arrive à réanimer les bébés. Les animaux qui ont subi une intervention lourde et/ou hospitalisés longtemps, qui partent retrouver leurs maisons, leurs maîtres.
Lorsqu’un animal est hospitalisé longtemps, je tisse un lien, et c’est une vraie joie de le voir rentrer chez lui une fois mieux, guéri.
« Il existe maintenant des formations qui permettent de se perfectionner. »
S. V. : Comment le métier d’ASV a-t-il évolué ces dernières années ? Voyez-vous une évolution dans les attentes des propriétaires d’animaux ?
C. J. : L’assistance en soins et chirurgie est de plus en plus technique, il existe maintenant des formations qui permettent de se perfectionner.
Sinon le développement d’Internet et l’apparition des plateformes de vente en ligne, changent les ventes directes d’alimentation et de produits d’hygiène. Nous en faisons beaucoup moins. Il existe maintenant une telle multitude de marques de croquettes, et les propriétaires regardent en premier le coût.
C’est vraiment le coût des choses qui passe en premier, surtout que tout a augmenté. Le prix, c’est la première question qui leur vient et c’est un frein direct. Beaucoup plus qu’avant.
« Grâce à l’assurance santé animale, les propriétaires n’hésitent pas à faire soigner leurs compagnons. »
S. V. : Que pensez-vous de l’assurance santé animale ?
C. J. : L'assurance santé animale, c'est un plus. Avoir un animal engendre forcément des frais de santé. Et parfois il y a des imprévus, un accident, une hospitalisation, une maladie... qui engendrent des frais importants.
Les propriétaires peuvent se faire également dédommager pour les actes de prévention. Tout cela fait qu’ils n’hésitent pas à faire soigner leurs animaux, le prix n'est pas un frein. Surtout qu'il existe des maladies chroniques qui entraineront des coûts à vie, notamment les traitements.
S. V. : Si vous aviez des recommandations à donner aux propriétaires d’animaux pour préserver leur santé sur le long terme, quelles seraient-elles ?
C. J. : Donner une alimentation de qualité, faire pratiquer une activité physique adaptée, avoir un suivi régulier chez le vétérinaire (une fois par an) pour permettre de dépister d’éventuelles maladies avant qu’elles ne soient trop avancées, miser sur le préventif (vaccins, antiparasitaires). Comme en médecine humaine il vaut mieux prévenir que guérir.
S. V. : Enfin, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut devenir ASV ?
C. J. : Être conscient de l’importance du social dans notre métier, et bien faire une formation reconnue par l’État et la profession vétérinaire : le Gipsa (Apform) ou Subvéto et idéalement en alternance, pour avoir de l’expérience une fois diplômé, pour trouver plus facilement un emploi, voire souvent être embauché par la clinique formatrice.
Santévet
Leader de l'assurance santé animale
Photos : DR