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Problème cardiaque : la belle histoire de Tania

Problème cardiaque : la belle histoire de Tania

Article publié le : 28/11/2018

Chiens et chats peuvent souffrir de problèmes cardiaques. Chez le chat, ce sont surtout des maladies touchant le muscle cardiaque qui sont observées. Alors que chez le chien, la maladie cardiaque la plus fréquente est de loin la MVDM (Maladie Valvulaire Dégénérative Mitrale). Tania, une petite chienne souffrant de cette pathologie fait office « d’ambassadrice ». C’est en effet la première chienne française qui a été opérée avec succès d'une réparation mitrale et de rupture de cordages. Cela a été rendu possible grâce aux progrès de la médecine vétérinaire. Et, dans ce cas, aux travaux d’un vétérinaire japonais, le Dr Masami Uechi, et de deux vétérinaires français, les Drs Sabine et Jean-Hugues Bozon. En se rapprochant de leur confrère japonais, les deux vétérinaires français ouvrent une nouvelle voie, laissant entrevoir de nouveaux espoirs dans le traitement de la MVD. La maîtresse de la petite chienne et le Dr Sabine Bozon reviennent sur le cas de Tania et sur ce qui apparaît d’ores et déjà comme une… révolution thérapeutique. L’occasion également de faire le point avec la spécialiste de la santé animale sur les pathologies cardiaques chez les chiens et chats. Et les réponses de la médecine vétérinaire pour s’occuper de leur cœur !

Tania entrera certainement dans l’histoire de la médecine vétérinaire. Il s’agit de la première petite chienne française à avoir été opérée avec succès d’une MVD avec rupture de cordages (Maladie Valvulaire Dégénérative Mitrale).

Cette maladie est de loin la plus fréquente chez le chien (voir notre article sur les maladies cardiaques les plus fréquentes chez le chien). « 75 à 80% des cas », précise le Dr Sabine Bozon (photo), vétérinaire, qui a fait avec son mari, le Dr Jean-Hugues Bozon, de la cardiologie son activité préférentielle. « La MVD peut apparaître des l’âge de 5 ans chez plus de 80% des petits chiens de moins de 15 kg », explique le Dr Sabine Bozon. « Chez le Cavalier King Charles et le Teckel, il s’agit d’une maladie génétique très délétère pouvant apparaître des l’âge d’un an. La maladie est évolutive, s’aggravant progressivement avec le temps, plus ou moins vite selon les individus. Un traitement médical visant à soulager le travail du cœur et guérir l’œdème pulmonaire doit être prescrit le plus précocement possible afin de prolonger la vie du chien au maximum. Ce traitement est actualisé une à deux fois par an au cas par cas à la faveur de contrôles cliniques, sanguins et échographiques chez le vétérinaire. »

 

Un traitement chirurgical avec plus de 90% de succès

 

La médecine vétérinaire fait constamment des progrès. Désormais, un traitement chirurgical est disponible, « avec un fort taux de succès, plus de 90 % ». Le Dr Uechi a contribué aux avancées concernant le traitement chirurgical de la MVD et la réparation des cordages rompus. « Les vétérinaires chirurgiens et cardiologues cherchaient à réparer des valvules mitrales canines et ses cordages souffrant de maladie valvulaire dégénérative depuis au moins 30 ans », précise le Dr Sabine Bozon. « Cette nouvelle procédure, qui représente pour la profession une véritable révolution thérapeutique en cardiologie, est attendue par une population innombrable de petits chiens insuffisants cardiaques et condamnés à mourir à court terme », poursuit-elle.

 

Une intervention à Londres sous haute surveillance

 

L’intervention de Tania a dû être pratiquée à Londres. « En France, cette procédure chirurgicale n’était jusqu’alors pas disponible. Considérant l’importance du plateau technique et humain, la seule possibilité d’opérer Tania était de, soit la faire voyager en Asie, ce qui était impossible compte tenu de son état clinique, en stade D terminal d’insuffisance cardiaque, soit trouver en Europe une structure vétérinaire possédant une machine de circulation extracorporelle qui sert déjà pour d’autres interventions à cœur ouvert chez le chien », explique le Dr Sabine Bozon.

 

Une intervention digne de la médecine humaine

 

« Nous avons été très impressionné par l'hôpital où a été opérée Tania », confie Nadia, la maîtresse de la petite chienne. « C’était à l'identique à ce que l’on aurait pu voir pour un être humain. Sans compter le matériel nécessaire et le dévouement que toutes ces personnes ont eu envers Tania, une petite chienne qu'ils ne connaissent même pas. C'est remarquable de leur part. »

C’est un rapport affectif que les Drs Bozon ont noué avec Tania et sa propriétaire, une cliente de longue date. « Tania était avant son intervention hospitalisée presque tous les jours sous oxygène, en stade D avancé d’insuffisance cardiaque », se souvient la vétérinaire. « Elle prenait 7 médicaments tous les jours et ne mangeait très peu. Ses reins étaient également défaillants. Au même titre que sa propriétaire que nous apprécions énormément, nous avons connu Tania toute petite et l’adorons. »

« Le traitement au début était assez simple : quelques médicaments par jour », se rappelle la maîtresse de Tania. « Puis effectivement, sa santé a empiré et sa maladie a occasionné d’autres problèmes. Au fil du temps, elle avait tellement de comprimés à prendre que ses reins avaient du mal à faire leur travail. Puis quelque temps avant son opération, c’est sa trachée qui nous souciait. Il a fallu rajouter des piqûres plusieurs fois par jour. Donc oui, c'était difficile et compliqué pour nous. Mais cela m'embêtait surtout pour Tania, qui subissait. De notre côté, nous nous organisions en fonction », explique sa maîtresse non sans une certaine résignation.

En France, le Dr Sabine Bozon n’informait pas alors encore de la possibilité d’une chirurgie pour guérir la MVDM, bien que pratiquée déjà en routine à Singapour et au Japon. « Mais la maîtresse de Tania était prête à tout pour prolonger la vie sa petite chienne de presque 13 ans, ne serait-ce que de quelques mois. Pour cette raison, j’ai fini par l’informer qu’il existait peut-être une solution. Mais que ce ne serait probablement pas simple et couteux compte tenu de la distance séparant chaque protagoniste de cette intervention. »

 

Un crédit pour financer l’intervention

 

Le Dr Sabine Bozon a tenu à informer sa maîtresse qu’en intervenant à ce stade ultime d’insuffisance cardiaque, le taux de succès n’était que de 50% maximum (au lieu de 80 à 98% dans les autres cas). « Elle a accepté, car la seule alternative était l’euthanasie. Nous avons du maintenir la petite chienne en vie pendant 3 mois supplémentaires, le temps qu’il nous a fallu pour organiser la chirurgie à Londres et réussir à réunir les personnes et le matériel indispensables. Les Japonais se sont déplacés avec beaucoup de matériel. Et nous-mêmes avons passé une journée et une nuit à Londres pour accompagner Tania, sa maîtresse et opérer en compagnie des Japonais avec le Dr Uechi et le Dr Brockman. »

L’investissement financier pour les maîtres est conséquent pour une telle chirurgie, comparé à des interventions courantes. Celui-ci peut être pris en charge à hauteur de la formule choisie par les maîtres ayant souscrit une assurance santé animale. Et dans la limite du plafond annuel dévolu. Mais Tania était déjà trop âgée pour pouvoir être assurée.

« Le coût de l’intervention tient principalement au fait que 5 à 6 vétérinaires japonais se déplacent dans le pays concerné », argumente le Dr Sabine Bozon. « Mais aussi au coût du reste de l’équipe ainsi qu’à tout le matériel très onéreux nécessaire à la procédure.»

Nadia a bien pensé au départ lancer un appel aux dons en passant par Internet et les réseaux sociaux. « Mais comme je ne connais pas grand chose à cela, j'ai abandonné », reconnaît humblement la maîtresse de Tania. « Côté associations, j'en ai appelé des tas, mais aucune n'a voulu m’aider. Donc, finalement, j'ai décidé de faire un crédit. »

La maîtresse de Tania n’est pas du genre à pratiquer l’anthropomorphisme. Ce qu’elle souhaitait, de tout cœur, était de tenter cette opération considérée pour celle comme de la dernière chance. Et offrir à Tania une fin de vie la plus paisible soit-il.

« Compte tenu de son âge, effectivement, cette intervention est apparue pour beaucoup de gens comme un peu aberrante. Mais sachant qu'il y avait la possibilité de prolonger sa vie, nous n’avons pas hésité. Car, vous savez, elle nous le rendait bien notre Tania ! Si elle a fait partie de notre vie, qu'une petite partie, nous, nous avons été toute la sienne. Donc on lui devait bien cela même si il y avait de gros risques. Car ce n’était pas sûr qu'elle supporte l’opération. Le Dr Bozon ne nous a jamais caché les risques encourus. Mais je voulais que Tania ait une fin de vie heureuse, sans souffrance, et bien évidemment la plus longue possible. »

« Je pense qu'avoir un animal, c'est pouvoir lui apporter le meilleur et notamment au niveau des soins », insiste encore Nadia. « Cependant, peu de gens s'imaginent qu'ils peuvent être confrontés à ce genre de problème. Moi-même, je n'aurais pas pensé avoir à dépenser autant pour ma petite Tania. »

 

Un séjour prolongé en Angleterre pour être aux côtés de sa chienne

 

Après l’intervention, Tania est restée une semaine hospitalisée à Londres. Sa maîtresse a déménagé pendant une semaine également avec son mari et son bébé de 9 mois afin de visiter sa chienne tous les jours puis la ramener enfin en France. « Certains de nos amis nous on dit : quelle belle preuve d'amour pour Tania ! »

« Tania a retrouvé une seconde jeunesse », se souvient le Dr Sabine Bozon. Et si Tania est à ce jour décédée, c’est une maladie autre que cardiaque qui l'a emportée, « ce qui est prévisible à cet âge, après avoir pu profiter de sa dernière année dans de très bonnes conditions de vie », précise le Dr Bozon. Sa maîtresse ne regrette en tout cas absolument rien, des sacrifices qu’elle a dû faire. Elle se déclare aujourd’hui ravie d’avoir pu offrir à sa petite chienne une fin de vie confortable et sans souffrance à la maison : « Ces 10 mois passés avec elle après son opération on été merveilleux. Elle allait bien mieux, elle revivait et se permettait même de courir après le chat et mon fils ! Elle pouvait bouger sans être épuisée au moindre effort, plus d'œdème pulmonaire, etc.»

 

Des liens forts entre la maîtresse de Tania et « ses » vétérinaires

 

Les liens qui unissaient les Dr sabine et Jean-Hugues Bozon avec la maîtresse de Tania n’ont fait que se renforcer davantage. « Tania était très gentille, cela a facilité les choses », confie Nadia. Le Dr Sabine Bozon y était très attachée d’ailleurs : « La vétérinaire, c’est la première personne que j'ai appelée quand j'ai découvert Tania décédée. Mais je me rappellerai toujours aussi quand elle est venue m'annoncer que Tania avait supporté l'opération et que tous ses organes s’étaient remis en route. Elle m'a pris dans ses bras, embrassé… elle avait les larmes aux yeux. C'est vraiment une véto extra qui exerce son métier avec passion ! Elle et son mari sont dévoués, très doux, très humains. Il en est de même pour leur personnel, fixe ou bien de passage comme les stagiaires. »

« Je considère notre relation bien plus qu'une relation vétérinaire/client », assure encore Nadia aujourd’hui. « Je les considère comme des amis, je leur dois beaucoup. Le Dr sabine Bozon s'est occupée de Tania comme si c’était sa chienne. Sans compter l’aide financière : ils ont pris de leur temps et à leur charge financière l'accompagnement de Tania à Londres, ce qui lui a évité de plus d’être stressée, car elle les connaissait bien. »

« Comme elle a été courageuse ma Tania ; elle s'est battue comme une chef. Je suis fière que Tania soit la première chienne française opérée de cette maladie, même si j’aurais préféré qu’elle n’ait pas eu ce problème. J'espère que son expérience motivera d'autres propriétaires de chiens concernés à prendre la même décision que nous », conclut Nadia.

 

Des chiens en attente de cette intervention

Aujourd’hui, de très nombreux chiens français et européens sont en attente de cette intervention et seront opérés en France.

Les Dr Sabine et Jean-Hugues Bozon étant maintenant familiers avec la procédure, la mise au point du plateau technique français sera disponible cette année avant la rentrée de septembre.

« Il est possible d’opérer à tout âge, mais avant 13 ans est l’idéal », souligne le Dr Sabine Bozon. Un bilan médical et biologique complet doit être effectué avant chaque intervention afin qu’aucune maladie concomitante viennent assombrir le pronostic.

« La procédure chirurgicale (induction de l’anesthésie jusqu'à fermeture du thorax) dure de 4 à 8h selon la complexité du cas avec, en sus : 2 heures de préparation du matériel et du chien avant l’anesthésie puis environ 3 heures de réveil progressif après le dernier point posé sur le thorax. La totalité de la procédure dure donc selon les cas de 9 à 13 heures. L’hospitalisation est nécessaire pendant 1 semaine. L’animal peut en général se mettre debout le soir même de l’intervention. Il est réalimenté le lendemain soir. Le chien se déplace normalement dès le lendemain de l’intervention. Il retrouve une vie normale une semaine après, n’est pas autorisé à sortir se promener pendant un mois, et la reprise complète de l’exercice physique est autorisée après 3 mois.

Les critères de sélection sont importants, tient aussi à préciser le Dr Sabine Bozon : « Tous les chiens sont techniquement ‘’opérables’’, mais de nombreux critères doivent être pris en compte avant de proposer l’intervention à un propriétaire et lui avancer un pourcentage de réussite qu’il devra accepter ou non. Il est important également de laisser le temps de la réflexion, car il s’agit d’un investissement psychologique et financier non négligeable. Néanmoins, cette nouvelle procédure est une véritable révolution dans le traitement des cardiopathies canines qui sera certainement d’ici les 10 prochaines années réalisée en routine dans certains centres spécialisés. »

« Il ne s’agit plus d’expérimentation. Nous soignons déjà des chiens de clientèle privée depuis 2 ans à Singapour et le Dr Uechi depuis beaucoup plus longtemps puisqu’il a déjà opéré à ce jour 500 chiens ; tous les moyens doivent être mis en œuvre pour accéder au taux de succès le plus haut possible. Pour cela, les conditions doivent être optimales au niveau humain et technique. Rien ne doit être laissé au hasard. »

 

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Texte : C. Pacheteau-SanteVet - Photos : DR

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