L’essentiel (TL;DR)
- Les besoins nutritionnels du chien sont bien différents de ceux du loup
- Des croquettes de qualité couvrent parfaitement tous les besoins nutritionnels
- Les céréales ne sont pas mauvaises pour les chiens
- Les régimes maison ou crus sont difficiles à mettre en place
- Chaque chien doit recevoir une alimentation adaptée à son âge, son mode de vie et son état de santé
Pourquoi existe-t-il autant d’idées reçues sur l’alimentation du chien ?
L’alimentation du chien évolue constamment grâce aux progrès de la recherche scientifique. Pourtant, certaines croyances persistent, souvent parce qu’elles paraissent logiques ou sont largement relayées sur Internet !
En tant que vétérinaire, je constate que beaucoup de propriétaires souhaitent avant tout bien faire. Le problème n’est donc pas le manque de motivation, mais la difficulté à identifier des informations fiables.
Le conseil de Santévet : les troubles digestifs, les allergies ou certaines maladies chroniques nécessitent souvent une alimentation spécifique. Votre vétérinaire est le professionnel le mieux placé pour choisir une ration adaptée aux besoins de votre chien.
Idée reçue n°1 : « Le chien est un loup, il doit manger uniquement de la viande »
Cette idée est probablement la plus répandue ! Même si le chien descend du loup, plusieurs milliers d’années de domestication ont profondément modifié son métabolisme. Les études génétiques montrent notamment que le chien digère beaucoup mieux l’amidon que son ancêtre sauvage. Cela ne signifie pas qu’il est omnivore comme l’Homme, mais plutôt qu’il est un carnivore à tendance opportuniste capable de valoriser différents nutriments.
En pratique, un chien nourri exclusivement avec de la viande risque de développer des carences importantes en calcium, vitamines ou oligoéléments.
Idée reçue n°2 : « Les croquettes sont mauvaises »
Cette affirmation est fausse ! Une alimentation industrielle complète et équilibrée répond à des normes nutritionnelles très strictes. Les fabricants sérieux réalisent des contrôles de qualité et formulent leurs recettes selon les recommandations scientifiques.
Toutes les croquettes ne se valent évidemment pas. La qualité des ingrédients, leur digestibilité et l’équilibre nutritionnel varient d’une marque à l’autre. En consultation, je rencontre des chiens âgés de plus de 15 ans qui ont été nourris exclusivement avec des croquettes adaptées toute leur vie et présentent un excellent état de santé. Même si, il y a très longtemps, les chiens mangeaient uniquement de la viande et ce qu’ils trouvaient dans la nature, leur objectif était de nourrir pour survivre. Aujourd’hui, l’objectif de la nutrition animale et donc des croquettes n’est pas de permettre uniquement au chien de survivre, mais de vivre le plus longtemps possible !

Idée reçue n°3 : « Les céréales sont mauvaises pour les chiens »
De manière générale, les chiens digèrent très bien les céréales depuis des dizaines de milliers d’années et n’ont pas besoin d’une alimentation sans céréales (sauf très rares cas d’intolérance). Les céréales permettent de faire la structure de la croquette et d’apporter de l’énergie à l’animal.
Les marques qui vendent du sans céréales, qui existent depuis moins d’une dizaine d’années, les remplacent par d’autres ingrédients, sur lesquels on n’a très peu de recul au niveau de la digestibilité et d’éventuels effets sur l’organisme à long terme.
Deux études sorties en 2022 et 2023* ont montré que l’alimentation sans céréales favorise le surpoids et le développement de maladies cardiaques chez les animaux (notamment en empêchant, pendant la digestion, la bonne absorption de certains acides aminés essentiels pour la fonction cardiaque).
Le problème ce n’est pas l’absence de céréales, mais plutôt ce qui les remplace ! Alors, dans le doute : on ne choisit pas d’alimentation sans céréales pour son chien (c’est juste un outil marketing dont se servent les marques un peu “nouvelles” pour vous séduire), et on reste sur une formulation appuyée sur des études scientifiques et sur laquelle on a du recul.
Idée reçue n°4 : « Le BARF est forcément plus sain »
Le BARF, pour Biologically Appropriate Raw Food ou Bones And Raw Food, est un mode d’alimentation qui consiste à nourrir le chien principalement avec des aliments crus. Une ration BARF comprend généralement de la viande musculaire, des os charnus crus, des abats et parfois des fruits, des légumes ou des compléments alimentaires. L’objectif est de se rapprocher de ce que certains considèrent comme le régime alimentaire des ancêtres sauvages du chien.
Cette approche séduit de plus en plus de propriétaires, qui rapportent parfois un poil plus brillant, des selles moins volumineuses ou une meilleure appétence. Cependant, ces observations individuelles ne permettent pas de conclure que le BARF est meilleur qu’une alimentation industrielle complète et équilibrée.
En tant que vétérinaire, je constate surtout que le BARF est souvent mis en place sans accompagnement professionnel. Or, il s’agit d’une alimentation complexe à équilibrer. Les besoins nutritionnels d’un chien concernent non seulement les protéines, mais aussi le calcium, le phosphore, les acides gras essentiels, les vitamines et de nombreux oligoéléments. Une ration mal formulée peut entraîner des carences ou, au contraire, des excès susceptibles d’avoir des conséquences sur la santé. J’ai d’ailleurs plusieurs fois constaté des carences en certains minéraux essentiels en réalisant des prises de sang chez des chiens nourris au BARF sans suivi nutritionnel.
Le BARF présente également des risques sanitaires. Les viandes crues peuvent être contaminées par des bactéries comme Salmonella, Campylobacter ou certaines souches d’Escherichia coli. Même si le chien ne développe pas forcément de symptômes, il peut excréter ces bactéries dans ses selles et représenter une source de contamination pour son entourage, notamment les jeunes enfants, les personnes âgées ou les personnes immunodéprimées.
Votre chien présente des troubles digestifs, des démangeaisons ou une maladie chronique ? Une alimentation adaptée fait souvent partie intégrante du traitement. Les consultations, examens et certains aliments thérapeutiques peuvent représenter un budget conséquent. Avec une assurance santé pour chien Santévet, une partie des frais vétérinaires peut être remboursée selon la formule choisie.
Idée reçue n°5 : « Les restes de table ne font pas de mal »
Quelques petits morceaux peuvent rapidement représenter beaucoup de calories ! Les restes de table sont souvent responsables de surpoids chez les chiens. Chez un chien de 10 kg, un morceau de fromage ou quelques morceaux de saucisson correspondent parfois à l’équivalent d’un hamburger chez un adulte.
En consultation, de nombreux chiens en surpoids reçoivent finalement davantage de friandises et de restes que leurs propres croquettes… Je conseille de donner quelques restes de table, de manière occasionnelle, uniquement chez les chiens n’ayant aucun problème de surpoids, en faisant toujours attention à ne pas donner d’aliments toxiques pour les chiens ou d’os qui pourraient provoquer une occlusion. Mais dans le doute, il vaut mieux ne rien donner et s’en tenir aux croquettes.

Idée reçue n°6 : « Les chiens savent naturellement ce qui est bon pour eux »
Malheureusement, ce n’est pas le cas ! Beaucoup de chiens mangent volontiers des aliments dangereux comme du chocolat, du raisin, des os cuits ou encore des aliments très gras. Leur appétit n’est donc donc pas un indicateur fiable de la sécurité d’un aliment.
Idée reçue n°7 : « Les compléments alimentaires sont toujours bénéfiques »
Un complément alimentaire n’est jamais anodin. Si un chien reçoit déjà une alimentation complète, ajouter systématiquement des vitamines ou du calcium peut au contraire déséquilibrer sa ration ! Par exemple, un excès de calcium chez un chiot de grande race peut favoriser certains troubles du développement osseux.
Les compléments doivent donc répondre à une indication précise et être prescrits par votre vétérinaire.
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Idée reçue n°8 : « Changer souvent de croquettes est une bonne idée »
Ce n’est pas le changement qui pose problème, mais sa rapidité. Lorsque la transition est progressive, sur une semaine environ, la plupart des chiens s’adaptent très bien. À l’inverse, un changement brutal peut provoquer une diarrhée chez le chien simplement parce que le microbiote intestinal n’a pas eu le temps de s’adapter.
Je recommande néanmoins de ne pas changer l’alimentation de son chien s’il la tolère bien et la mange avec appétit.
Idée reçue n°9 : « Tous les chiens ont les mêmes besoins »
Chaque chien est unique. L’âge, la race, la stérilisation, l’activité physique ou encore certaines maladies influencent fortement les besoins nutritionnels. Un chiot en croissance, un chien sportif, une femelle gestante ou un chien souffrant d’insuffisance rénale ne recevront évidemment pas la même alimentation.
C’est pourquoi une ration doit toujours être choisie en fonction du chien.
Comment savoir si l’alimentation de son chien est adaptée ?
Au-delà du choix des aliments, plusieurs critères permettent d’évaluer si une ration convient réellement à votre compagnon.
Un chien correctement nourri présente généralement :
- Un poids stable et une silhouette harmonieuse
- Des selles bien moulées et régulières
- Un poil brillant et une peau saine
- Une bonne vitalité au quotidien
- Une masse musculaire bien développée
En cas de doute, un bilan nutritionnel réalisé par votre vétérinaire permet souvent d’identifier de petits ajustements qui auront un impact positif sur la santé de votre animal.
Pour conclure, l’alimentation canine est un domaine complexe dans lequel les idées reçues circulent rapidement. Pourtant, les recommandations actuelles reposent sur de nombreuses études scientifiques et sur une meilleure connaissance des besoins nutritionnels du chien. En tant que vétérinaire, je conseille toujours de prendre du recul face aux affirmations catégoriques. Il n’existe pas une alimentation idéale pour tous les chiens, mais une alimentation adaptée à chaque individu, à son âge, à son mode de vie et à son état de santé.
Vos questions fréquentes
Aucune des deux n’est systématiquement mieux. Une alimentation complète, qu’elle soit sèche ou humide, peut parfaitement couvrir les besoins du chien. Beaucoup de propriétaires choisissent d’ailleurs d’associer les deux afin d’améliorer l’appétence et d’augmenter les apports en eau. Attention néanmoins, la pâtée peut provoquer une accumulation de tartre chez le chien.
Oui, mais uniquement avec une ration formulée par un vétérinaire ou un vétérinaire nutritionniste. Une recette trouvée sur Internet est rarement équilibrée sur le long terme.
La plupart des chiens adultes bénéficient de deux repas par jour. Cette répartition améliore souvent le confort digestif et limite les sensations de faim. Chez les chiots, on conseille de donner plutôt trois repas par jour car leur estomac est plus petit.
Sources :
- “Applied Veterinary Clinical Nutrition”, A. Fascetti & S. Delaney, 2012
- “Nutrition vétérinaire du chien et du chat”, S. Lefebvre, 2019
- “Nutritional guidelines for complete and complementary pet food for cats and dogs”, FEDIAD, 2024
- “Tout savoir sur les nutriments qui nourrissent, préviennent et guérissent les chiens et les chats”, D. Grandjean, 2006
- Adin D, DeFrancesco TC, Keene B, Tou S, Meurs K, Atkins C, Aona B, Kurtz K, Barron L, Saker K. Echocardiographic phenotype of canine dilated cardiomyopathy differs based on diet type. J Vet Cardiol. 2019 Feb;21:1-9. doi: 10.1016/j.jvc.2018.11.002. Epub 2018 Dec 5. PMID: 30797439.
- Eric J. Owens, Nicole L. LeBlanc, Lisa M. Freeman, Katherine F. Scollan. Comparison of echocardiographic measurements and cardiac biomarkers in healthy dogs eating nontraditional or traditional diets. 2022.
- Karp SI, Freeman LM, Rush JE, Karlin ET, LaMastro JN, Hicks JM. Comparison of echocardiography, biomarkers and taurine concentrations in cats eating high- or low-pulse diets. J Feline Med Surg. 2023.
- Kimberly J. Freid, Lisa M. Freeman, John E. Rush, Suzanne M. Cunningham, Megan S. Davis, Emily T. Karlin, Vicky K. Yang. Retrospective study of dilated cardiomyopathy in dogs. 2020
- Walker AL, DeFrancesco TC, Bonagura JD, Keene BW, Meurs KM, Tou SP, Kurtz K, Aona B, Barron L, McManamey A, Robertson J, Adin DB. Association of diet with clinical outcomes in dogs with dilated cardiomyopathy and congestive heart failure. J Vet Cardiol. 2022
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