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MVD : un premier chien français opéré avec succès

MVD : un premier chien français opéré avec succès

Article publié le : 23/09/2015

De plus en plus de chiens souffrant d’une MVD (Maladie Valvulaire Dégénérative) sont opérés avec succès. Alors qu’il n’existe actuellement qu’un traitement médicamenteux. Cela a été rendu possible grâce à un vétérinaire japonais : le Dr Masami Uechi. En se rapprochant de lui, car passionnés de cardiologie, et en se formant à ses côtés, les Dr Sabine et Jean-Hugues Bozon, vétérinaires français, ouvrent à leur tour de nouvelles voies et permettent de laisser entrevoir de nouveaux espoirs dans le traitement chirurgical de cette affection cardiaque. Un premier chien français a pu bénéficier des progrès des ces avancées en matière de médecine vétérinaire que l’on qualifie déjà de… révolution thérapeutique. Le point avec le Dr Sabine Bozon.

De plus en plus de chiens souffrant d’une MVD (Maladie Valvulaire Dégénérative) sont opérés avec succès. Alors qu’il n’existe actuellement qu’un traitement médicamenteux. Cela a été rendu possible grâce à un vétérinaire japonais : le Dr Masami Uechi. En se rapprochant de lui, car passionnés de cardiologie, et en se formant à ses côtés, les Dr Sabine et Jean-Hugues Bozon, vétérinaires français, ouvrent à leur tour de nouvelles voies et permettent de laisser entrevoir de nouveaux espoirs dans le traitement chirurgical de cette affection cardiaque. Un premier chien français a pu bénéficier des progrès des ces avancées en matière de médecine vétérinaire que l’on qualifie déjà de… révolution thérapeutique. Le point avec le Dr Sabine Bozon.

Dans une interview accordée à SantéVet, le Dr Jean-Hugues Bozon, vétérinaire, assurait que ce qui a le plus marqué son existence de praticien à ce jour sont les chirurgies intracardiaques réalisées avec succès en Asie avec le Dr Masami Uechi.

Un point de vue que partage ‘’naturellement’’ son épouse, le Dr Sabine Bozon. Cette vétérinaire a fait également de la cardiologie son activité préférentielle. Une passion commune qui permet à ces deux vétérinaires français de faire progresser, grâce à leur rapprochement avec des équipes vétérinaires de Singapour (Asie du sud-est), de manière spectaculaire le traitement de la MVD mitrale (Maladie Valvulaire Dégénérative mitrale, voir encadré « rappel »). Grâce à cette collaboration, un traitement chirurgical est désormais possible, et qui va à terme pouvoir être « exporté » en France. Alors qu’il n’existe actuellement qu’un traitement médicamenteux pour cette maladie cardiaque.

Pour en arriver là, il faut remonter aux origines de l’intérêt que porte le Dr Sabine Bozon à la cardiologie. « Au cours des deux dernières années de mes études à Maisons-Alfort, je me suis passionnée pour l’échographie, une technique d’imagerie encore jeune », se souvient-elle.


Le Dr Sabine Bozon reconnaît avoir eu la chance de « commencer à pratiquer l’échodoppler cardiaque au cours de mon internat postuniversitaire. Puis surtout de me perfectionner dans une université américaine ensuite. La cardiologie a commencé à me passionner. Mais au même titre que la médecine interne et l’échographie en général. Une spécialisation en imagerie m’a été proposée aux Etats-Unis, que j’ai refusée peut-être à tort, car cela impliquait mon abandon de la cardiologie canine et féline. J’ai continué à me former ardemment en échographie, cardiologie et médecine interne. Et depuis 1993, je n’exerce exclusivement que ces trois disciplines, qui ne correspondent à aucun diplôme existant. »

 

Investir régulièrement dans le matériel le plus à la pointe possible

 

« De plus, avec mon mari, nous n’avions pas l’intention de continuer une carrière universitaire, mais de créer ensemble une structure privée 24h/24 de haute technicité où l’on proposerait chacun des compétences parfaitement complémentaires, ce que nous avons réalisé il y a 18 ans à Versailles après une courte activité d’exercice itinérant, respectivement en échographie/cardiologie et chirurgie », poursuit-elle.

Donc 18 ans après, « nous sommes 15 personnes à la clinique et orientons notre activité de plus en plus vers les urgences et le référé qui tiennent une part très importante désormais de notre exercice. Nous investissons régulièrement dans le matériel le plus à la pointe afin d’offrir à notre clientèle le meilleur service avec un label qualité que nous nous sommes fixé le plus haut possible ».

 

Une ouverture de l’exercice vers l’Asie

 

Parallèlement, depuis 5 ans, le Dr Sabine et Jean-Hugues Bozon ont ouvert leur exercice à l’Asie : « Tout d’abord en collaborant avec différentes compagnies en tant que formateurs, conseillers et conférenciers. Puis en tant que partenaires dans un hôpital vétérinaire, à Singapour, de 800 m2 où nous exerçons notre activité principale : l’échographie et la cardiologie en ce qui me concerne, la chirurgie pour mon mari. Nous y avons vécu 6 mois à temps plein pour participer à construire l’hôpital ; nous nous y déplaçons maintenant tous les 2 mois depuis 4 ans pour y travailler. »

 

Une véritable révolution thérapeutique en cardiologie pour la profession vétérinaire

 

Cela leur a donc notamment permis de se rapprocher du Dr Masami Uechi et de ses collaborateurs. Et ainsi d’avancer dans le traitement chirurgical de la MVD. Une avancée quand on sait que « les vétérinaires chirurgiens et cardiologues cherchaient à réparer des valvules mitrales canines souffrant de maladie valvulaire dégénérative depuis au moins 30 ans. »

Le Dr Sabine et Jean-Hugues Bozon tirent aujourd’hui des progrès de leur Art de grandes satisfactions : « Tout d’abord, le plaisir de travailler avec une équipe passionnée, soudée et exceptionnelle par son professionnalisme, son humilité et sa cohésion mentale. Puis le plaisir scientifique, puisque cette nouvelle procédure, qui représente pour la profession une véritable révolution thérapeutique en cardiologie, est attendue par une population innombrable de petits chiens insuffisants cardiaques et condamnés à mourir a court terme. »

Avec son mari, le Dr Sabine Bozon avoue avoir véritablement l’impression d’arriver à une sorte d’apogée dans l’exercice de leur profession en permettant de traiter de manière chirurgicale la MVD. « Car cette procédure combine parfaitement nos deux activités. Ce qui nous permet d’en tirer autant de plaisir chacun. Mais surtout, c’est la magie qui s’opère à chaque intervention qui nous fascine. Le simple fait de véritablement ‘’sauver’’ des chiens ; c’est en cela que nous pouvons tirer une certaine fierté : représenter les vétérinaires qui auront réussi à importer en France et même en Europe une procédure qui ‘’sauve’’ nos petits chiens ! »

 

18 chiens opérés par les vétérinaires français et le Dr Uechi, en collaboration avec ceux de Singapour

 

« La réparation chirurgicale de la valvule mitrale permet de sevrer 100% des chiens du furosémide quel que soit le stade ACVIM initial, ce qui spontanément guérit l’insuffisance rénale si elle était présente avant l’intervention », assure le Dr Sabine Bozon. « Elle permet ensuite de sevrer 90% des chiens opérés de toute thérapie contre l’insuffisance cardiaque. »

Mais la réalisation d’une telle intervention nécessite un plateau technique conséquent, « que nous avons, mon mari et moi-même, en collaboration avec nos collègues singapouriens, réussi à établir en pas moins de 18 mois », se félicite-elle. « A Singapour, nous avons opéré le premier chien, Spot, Jack Russel terrier de 12 ans, avec l’équipe japonaise en 2013. Depuis, le Dr Uechi, son équipe et nous-mêmes nous y déplaçons tous les 3-4 mois pour des interventions sur des petits chiens que j’ai auparavant sélectionnés. Nous avons à ce jour opéré 18 chiens ensemble. »

C’est après avoir lu l’article du Dr Uechi dans le Veterinary Cardiology en mars 2012* et travaillant en Asie depuis déjà 2 ans à l’époque, que le Dr Sabine Bozon a été immédiatement séduite par sa performance. « Compte tenu du grand nombre de petits chiens insuffisants cardiaques dans ma clientèle singapourienne, nous avons décidé avec mon mari d’aller le rencontrer au Japon afin de lui proposer de lui dresser le plateau technique nécessaire à Singapour. Il a aussitôt accepté de s’y déplacer pour visiter les lieux et nous donner des conférences en privé afin de mieux comprendre les généralités de la procédure. Nous sommes tombés d’accord sur le projet, à condition que mon mari et moi-même passions du temps à l’université de Tokyo pour s’imprégner des modalités de la procédure médico-chirurgicale ainsi que de se familiariser avec tout le matériel utilisé. Ce que nous avons fait. »

La première chirurgie, le 18 décembre 2013, du petit chien Spot, a été médiatisée par la TV singapourienne. Il s’agissait en effet du premier chien asiatique (hors Japon) a être opéré à cœur ouvert. « Spot a été définitivement guéri de son insuffisance cardiaque et ne prend plus de traitement ; il a pu depuis être opéré de la cataracte », précise le Dr Sabine Bozon.

Depuis lors, l’équipe japonaise se déplace plusieurs fois par an à Singapour afin d’opérer des petits chiens que le Dr Sabine Bozon sélectionne préalablement en échocardiographie puis suit en post-opératoire pendant la semaine d’hospitalisation et les mois qui suivent. « Grâce aux moyens de communication actuels, nous sommes parfaitement rodés pour une organisation à distance entre les 3 pays protagonistes : Japon, France, Singapour. Depuis 3 ans, nous avons tissé des liens d’amitié assez forts avec toute l’équipe. Chacun se fait confiance et ne juge pas l’autre. Chacun est humble et respectueux, ce qui fait aussi la force d’une équipe de ce type. » Parallèlement, le Dr Uechi commence à être reconnu partout dans le monde et se déplace aussi pour opérer dans un centre universitaire aux Etats-Unis, entre autres.

 

Circulation extracorporelle : l’une des plus grosses contraintes de l’intervention pour les races de petit format

 

Le plateau technique et humain est important et l’équipe doit être d’une cohésion parfaite. « La contrainte la plus importante et la mise au point de la circulation extracorporelle qui est un challenge pour les races de petit format », explique le Dr Sabine Bozon. « Nous sommes capables d’opérer des chihuahuas de 2 kg ou moins. Les techniques de circulation extracorporelle ont plutôt été tentées jusqu’alors chez quelques chiens de moyen ou grand format où les techniques traditionnelles utilisées en chirurgie pédiatrique peuvent éventuellement être reproduites chez le chien. »

Chez les chiens de tout petit format, des difficultés sont rencontrées vu le faible volume sanguin circulant initial. « Le Dr Uechi a réussi à mettre au point une procédure de circulation extracorporelle n’utilisant pas les techniques traditionnelles, et permettant d’opérer des chiens nains et même des chats. L’utilisation de la circulation extracorporelle permet d’induire un arrêt cardiaque et donc de travailler librement à cœur ouvert pendant le temps nécessaire à la réparation chirurgicale. »

La machine de circulation extracorporelle permet de prendre le relais du cœur et des poumons pendant la chirurgie et requiert pour cela : 3 pompes (dont l’une équivalente à la pompe cardiaque) ; un système de mélange et d’échange des gaz sanguins (oxygénateur, équivalent aux poumons) ; un système de contrôle de la température sanguine et corporelle (générateur thermique) ; un système « de tubing » adapté à la conformation du chien. « La maitrise de la circulation extracorporelle par le perfusionniste est cruciale pour la réussite de l’intervention. »

  

MVD : au tour des chiens français d’en bénéficier !

 

Tania, est la première petite chienne française à avoir été opérée. Une intervention qui a toutefois dû être pratiquée à Londres. « En France, cette procédure chirurgicale n’était jusqu’alors pas disponible. Considérant l’importance du plateau technique et humain, la seule possibilité d’opérer Tania était de, soit la faire voyager en Asie. Ce qui était impossible compte tenu de son état clinique, en stade D terminal d’insuffisance cardiaque ; soit trouver en Europe une structure vétérinaire possédant une machine de circulation extracorporelle qui sert déjà pour d’autres interventions à cœur ouvert chez le chien », explique le Dr Sabine Bozon.

Le Dr Uechi y ayant déjà opéré une fois auparavant pour le service du Dr Brockman à Londres, nous nous sommes rapprochés du Royal Veterinary College. Nous avons organisé le rassemblement d’une équipe internationale unique à Londres regroupant des Japonais, des Français et des Anglais ». La procédure totale, chirurgie comprise, aura duré 10 heures et « fut un succès malgré l’état clinique déjà dégradé de Tania », se réjouit le Dr Sabine Bozon.

 

Tania : une chienne adorée et une maîtresse prête à tout pour la guérir

 

C’est un rapport affectif que les Drs Bozon ont noué avec Tania et sa propriétaire, une cliente de longue date. « Tania était avant son intervention hospitalisée presque 24h/24 sous oxygène, en stade D avancé d’insuffisance cardiaque », se souvient-elle. « Elle prenait 7 médicaments tous les jours et ne mangeait presque plus. Ses reins étaient également défaillants. Au même titre que sa propriétaire que nous apprécions énormément, nous avons connu Tania toute petite et l’adorons. »

En France, le Dr Bozon n’informait pas alors encore la possibilité d’une chirurgie pour guérir la MVDM, bien que pratiquée déjà en routine à Singapour et au Japon. « Mais la maitresse de Tania était prête à tout pour prolonger la vie sa petite chienne de presque 13 ans, ne serait-ce que quelques mois. Pour cette raison, j’ai fini par l’informer qu’il existait peut-être une solution. Mais que ce ne serait probablement pas simple et couteux compte tenu de la distance séparant chaque protagoniste de cette intervention. »

Car effectivement, l’investissement financier pour les maîtres est conséquent comparé à des interventions courantes. Celui pourra être pris en charge à hauteur de la formule choisie par les maîtres ayant souscrit une assurance santé animale. Et dans la limite du plafond annuel dévolu.

« Le coût de l’intervention tient principalement au fait que 5 à 6 vétérinaires japonais se déplacent dans le pays concerné », argumente le Dr Sabine Bozon. « Mais aussi au coût du reste de l’équipe ainsi qu’à tout le matériel très onéreux nécessaire à la procédure

Le Dr Sabine Bozon a tenu également à informer sa maîtresse qu’en intervenant à ce stade ultime d’insuffisance cardiaque, le taux de succès n’était que de 50% maximum (au lieu de 80 à 98% dans les autres cas). « Elle a accepté, car la seule alternative était l’euthanasie. Nous avons du maintenir la petite chienne en vie pendant 3 mois supplémentaires, le temps qu’il nous a fallu pour organiser la chirurgie à Londres et réussir à réunir les personnes et le matériel indispensables. Les japonais se sont déplacés avec beaucoup de matériel. Et nous-mêmes avons passé une journée et une nuit à Londres pour accompagner Tania, sa maîtresse et opérer en compagnie des Japonais avec le Dr Uechi et le Dr Brockman. »

Après l’intervention, Tania est restée une semaine hospitalisée à Londres. Sa maîtresse a déménagé pendant une semaine également avec son mari et son bébé de 9 mois afin de visiter sa chienne tous les jours puis la ramener en France.

 

Une seconde jeunesse et une fin de vie paisible

 

« Tania a retrouvé une seconde jeunesse », assure aujourd’hui soulagée et heureuse le Dr Sabine Bozon. « Le souffle mitral à l’auscultation initialement de grade 6/6 était de 2/6, elle n’avait plus besoin que de 3 médicaments par jour au lieu de 7 (sildenafil, pimobendane, amlodipine), a repris les efforts (monter les escaliers, attaque des gros chiens, garde de son territoire, jeux avec l’autre petit chien de la maison). Elle a repris du poids, ne toussait plus, n’a plus subi d’hospitalisations… et ceci pendant plus d’un an. » Malheureusement, Tania est à ce jour décédée à plus 14 ans d’une maladie autre que cardiaque, « ce qui est prévisible à cet âge, après avoir pu profiter de sa dernière année dans d’excellentes conditions de vie ». Sa maîtresse ne regrette pour sa part rien et est ravie d’avoir pu offrir à sa petite chienne une fin de vie confortable et sans aucune souffrance à la maison.

Parmi les 17 autres chiens opérés, deux sont décédés dans la semaine post-opératoire d’une thrombo-embolie, l’une est décédée d’une septicémie suite à un pyomètre 8 mois après sa chirurgie cardiaque qui avait formidablement réussi et 14 sont toujours vivants et en bonne santé sans traitement.

De très nombreux chiens français et européens sont en attente de cette intervention et seront opérés en France.

 

Quelles suites opératoires ?

 

Après l’intervention, « la grande majorité des chiens retrouvent une vie d’un chien asymptomatique en insuffisance cardiaque de stade B1 ne nécessitant quasiment plus de traitement pour l’insuffisance cardiaque congestive, et notamment plus de furosémide pour 100% d’entre eux, même en stade D. »

Par conséquent, les chiens opérés ne souffrent plus de troubles respiratoires, retrouvent la possibilité de faire des efforts, retrouvent l’appétit, regrossissent, ne souffrent plus d’insuffisance rénale. « Quand un traitement persiste, il s’agit du sildenafil (ou tadalafil) qui est toujours nécessaire chez la moitié des chiens qui souffraient d’hypertension artérielle pulmonaire avant chirurgie. »

« Il est possible d’opérer à tout âge mais avant 13 ans est l’idéal », souligne encore le Dr Sabine Bozon. Un bilan médical et biologique complet doit être effectué avant chaque intervention afin qu’aucune maladie concomitante viennent assombrir le pronostic. « La procédure chirurgicale (induction de l’anesthésie jusqu'à fermeture du thorax) dure de 4 à 8h selon la complexité du cas avec en sus : 2 heures de préparation du matériel et du chien avant l’anesthésie puis environ 3 heures de réveil progressif après le dernier point posé sur le thorax. La totalité de la procédure dure donc selon les cas de 9 a 13 heures. L’hospitalisation est nécessaire pendant 1 semaine. Un drain thoracique est posé en fin de chirurgie et retiré le lendemain. L’animal peut se mettre debout le soir même de l’intervention. Il est réalimenté le lendemain soir. Une perfusion continue de Fentanyl est administrée le jour et lendemain de la chirurgie uniquement. Le chien se déplace normalement dès le lendemain de l’intervention. Il retrouve une vie normale une semaine après, n’est pas autorisé à sortir se promener pendant un mois, et la reprise complète de l’exercice physique est autorisée après 3 mois. »

 

Une intervention de ‘’routine’’ d’ici à une dizaine d’années

 

Les critères de sélection sont importants, tient aussi à préciser le Dr Sabine Bozon : « Tous les chiens sont techniquement ‘’opérables’’, mais de nombreux critères doivent être pris en compte avant de proposer l’intervention à un propriétaire et lui avancer un pourcentage de réussite qu’il devra accepter ou non. Il est important également de laisser le temps de la réflexion, car il s’agit d’un investissement psychologique et financier non négligeable. Néanmoins, cette nouvelle procédure est une véritable révolution dans le traitement des cardiopathies canines qui sera certainement d’ici les 10 prochaines années réalisée en routine dans certains centres spécialisés. »

Pour l’heure, l’aide et la présence des Japonais est indispensable pendant au moins 6 ans dans ce type d’intervention, estime le Dr Sabine Bozon. « Il ne s’agit plus d’expérimentation. Nous soignons déjà des chiens de clientèle privée depuis 2 ans et le Dr Uechi depuis plus longtemps ; tous les moyens doivent être mis en œuvre pour accéder au taux de succès le plus haut possible. Pour cela, les conditions doivent être optimales au niveau humain et technique. Rien ne doit être laissé au hasard. »

 

La sécurité pour les chiens prime

 

Le professionnalisme de l’équipe et la sécurité pour les chiens priment : « Nous avons la chance mon mari et moi-même, de part l’historique de nos relations, mais aussi grâce à un respect et une grande confiance mutuels, d’avoir l’assurance de la part du Dr Uechi de l’exclusivité de la mise en place de cette magnifique procédure en France. »

Le Dr Uechi, grâce à la circulation extracorporelle qu’il maîtrise parfaitement, et ce même chez les chats, a déjà mis au point d’autres techniques novatrices en matière de cardiopathies congénitales ou acquises. « Il en réalise déjà certaines comme le traitement des communications inter-ventriculaires féline ou canine, le traitement des sténoses pulmonaires canines par remplacement valvulaire, la réparation de la valvule tricuspidienne, entre autres ». Cette avancée dans le traitement chirurgical de la MVD va donc ouvrir d’autres voies et être porteur d’espoirs.

Les Dr Sabine et Jean-Hugues Bozon étant maintenant familiers avec la procédure, la mise au point du plateau technique français sera disponible cette année avant la rentrée de septembre. C’est en tout cas ce qu’appellent de tous leurs vœux les spécialistes de la santé animale.

*Masami Uechi, DVM, PhD, Mitral Valve Repair in Dogs. Journal of Veterinary Cardiology (2012) 14, 185-192.

 

Maladie valvulaire dégénérative mitrale : rappel

La maladie valvulaire dégénérative mitrale (MVDM) est une cardiopathie acquise très fréquente chez le chien, pouvant représenter 75% des cas d’insuffisance cardiaque congestive dans cette espèce. « Elle touche toutes les races de chiens et présente une évolution particulièrement rapide et délétère chez au moins 80% des petits chiens de moins de 10 kg et de plus de 7 ans », précise le Dr Sabine Bozon. Ce qui en fait l’une des maladies les plus fréquemment rencontrées dans les cliniques vétérinaires et plus encore en milieu urbain.

« Il s’agit d’une maladie du chien mature ou âgé, bien que certaines races puissent être touchées de manière plus précoce comme le Cavalier King Charles. En effet, une origine génétique a été démontrée dans cette race et chez le teckel également, lui-même très prédisposé aux ruptures de cordages. Il est couramment observé également que les mâles sont plus fréquemment et plus sévèrement touchés que les femelles. »

Cette maladie provoque un épaississement et une déformation progressive de la valvule mitrale, « la valvule tricuspidienne étant également touchée dans 1/3 des cas. S’en suit une incompétence de fermeture de l’une voire deux valvules et l’apparition à l’auscultation d’un souffle cardiaque, anomalie clinique due aà la présence d’une régurgitation mitrale. Le souffle est systolique plus audible à l’apex gauche du cœur. Les souffles sont classés par grades de 1 a 6 chez le chien et lors de MVDM, l’intensité du souffle est corrélée à la sévérité de la régurgitation mitrale. Les souffles de grades 4 a 6 représentent les cas les plus sévères. »

Des examens complémentaires radiologiques, échocardiographies, doppler, électrocardiographiques et sanguins (dosage du NT-proBNP) permettront de réaliser un bilan cardiaque complet afin de « classer » l’insuffisance cardiaque. L’obtention d’un classement permet d’appliquer les recommandations thérapeutiques médicales actuelles établies en 2009 par le consensus de l’ ACVIM (American College of Veterinary Internal Medicine) :

- la classe ACVIM A représente les animaux jugés « à risque » d’après leur race ou type de race mais ne présentant aucune anomalie cardiaque à l’examen clinique. Ils ne nécessitent aucun traitement.

- La classe ACVIM B représente les chiens avec souffle cardiaque mais sans signes cliniques. La sous-classe B1 regroupe les chiens sans cardiomégalie au autre remodelage myocardique ; ils ne nécessitent en théorie pas de traitement. La sous-classe B2 regroupe les chiens avec cardiomégalie au autre remodelage myocardique ; ils nécessitent la mise en place d’un traitement médical (mono- ou bithérapie : IEC +/- spironolactone).

- Les classes ACVIM C et D représentent les chiens avec signes clinique d’insuffisance cardiaque congestive présents ou passés, la classe D représentant les cas réfractaires au traitement médical. A ce stade, le minimum d’une tri- / quadrithérapie s’impose (IEC + pimobendane + furosémide +/- spironolactone) avec la prescription supplémentaire possible de sildénafil ou tadalafil (en cas d’hypertension artérielle pulmonaire), d’amlodipine (en cas d’hypertension artérielle systémique), d’antitussifs (en cas de compression de la bronche souche gauche par un atrium gauche trop dilaté), d’anti-arythmiques le cas échéant, d’autres diurétiques (thiazidique par exemple) dans les cas réfractaires. Une oxygénothérapie et une hospitalisation permanentes sont requises en fin de vie.

Cette maladie nécessite un suivi médical à vie avec une réactualisation du traitement médical calqué sur l’évolution de la maladie, déterminé au cas par cas.

Les chiens insuffisants cardiaques présentent de la fatigue, de la toux, éventuellement des syncopes et en fin de vie une dyspnée permanente, une anorexie puis le décès par oedème pulmonaire réfractaire et/ou arrêt cardiaque.

 

Une procédure médico-chirurgicale complète et complexe

« La réalisation de chirurgies à cœur ouvert sous circulation extracorporelle, chez les chiens âgés de tout petit format, pour réparation mitrale et des cordages, n’avait encore jamais été effectuée avec un tel succès », rappelle le Dr Sabine Bozon.

Il ne s’agit pas d’une simple intervention chirurgicale mais d’une procédure médico-chirurgicale complète et complexe : de la phase préopératoire à la sortie d’hospitalisation 7 jours après, où une équipe de 10 vétérinaires intervient pour un seul chien, chaque vétérinaire ayant un rôle bien précis, soit médical, soit chirurgical. Elle nécessite 2 chirurgiens (Dr Uechi et un assistant), 2 assistants stériles instrumentistes, 2 assistants non stériles, 1 perfusionniste, 1 anesthésiste-réanimateur, 1 cardiologue échographiste. « Pour cette raison, la complémentarité professionnelle idéale que nous avons avec mon mari depuis 23 ans d’exercice s’exprime de façon encore plus parfaite au cours des chirurgies cardiaques que nous réalisons aux cotés de l’équipe japonaise », précise le Dr Sabine Bozon. « En effet, la réussite de cette intervention tient à l’harmonie parfaite d’une équipe soudée et parfaitement en phase où chacun a son rôle et où aucun détail technique ou biologique n’est laissé au hasard, absolument tout est sous contrôle. »

 

MVD : Le traitement chirurgical corrige le défaut « « mécanique »

La maladie valvulaire dégénérative mitrale est une cardiopathie acquise ou génétique dans certaines races (Cavalier King Charles et Teckel). Elle provoque un épaississement et une déformation progressive de la valvule mitrale. « Cette déformation conduit à une hyperlaxité valvulaire, un prolapsus en systole avec protrusion des feuillets mitraux dans l’atrium gauche et donc une incompétence de fermeture valvulaire à l’origine d’une régurgitation et un flux sanguin rétrograde pathologique au sein du cœur gauche », explique le Dr sabine Bozon. « Cette maladie a donc bien pour origine une anomalie ‘’mécanique’’ de la valvule : une défaut de fermeture et donc d’’étanchéité », poursuit-elle.

« A l’heure actuelle, le traitement médical de l’insuffisance cardiaque secondaire à la maladie valvulaire dégénérative mitrale - selon les recommandations du Consensus Statement 2009 de l’ACVIM - ne représente qu’un traitement palliatif, bien qu’il améliore significativement la durée de vie des chiens. Cependant, la survie des chiens traités médicalement de manière optimale par tri ou quadrithérapie varie de 6 à 18 mois après le diagnostic de l’insuffisance cardiaque congestive », précise encore le Dr Sabine Bozon.

Mais la maladie s’aggrave inéluctablement « suite à la rupture des cordages tendineux, à l’augmentation de la régurgitation mitrale, puis d’une aggravation de la dilatation atriale gauche. Enfin apparaissent un oedème pulmonaire (aigu ou chronique) et souvent une hypertension artérielle pulmonaire ».

 

Une technique mise au point il y a 10 ans à l’université vétérinaire de Tokyo

Le traitement chirurgical représente un traitement curatif puisqu’il corrige le défaut ‘’mécanique’’ alors que le traitement médical essaie de pallier aux conséquences néfastes de la régurgitation mitrale.

« Le traitement chirurgical est réalisé grâce à une réduction du diamètre de l’anneau mitral (annuloplastie) d’ou une forte réduction de la régurgitation mitrale », indique le Dr Sabine Bozon. Puis « un renforcement des cordages tendineux par le placement de cordages artificiels ».

Cette procédure médico-chirurgicale, sous circulation extracorporelle, mise au point par le Dr Masami Uechi il y a 10 ans a l’université vétérinaire de Tokyo, est réalisée à ce jour avec un taux de succès d’environ 90%.

« Le Dr Uechi, le plus expérimenté au monde à l’heure actuelle, a déjà opéré près de 450 chiens », tient encore à souligner le Dr sabine Bozon. « Sa force est d’être à la fois un médecin et un chirurgien. En effet, il a commencé sa carrière en tant que professeur de médecine interne en néphrologie. Puis, voyant que beaucoup de ses chiens mourant d’insuffisance rénale étaient en fait des chiens souffrant d’insuffisance cardiaque sous des doses importantes de furosémide, il a orienté son exercice vers la cardiologie médicale. Frustré de n’obtenir que peu de résultats avec les traitements médicaux, il a décidé il y a 10 ans de ‘’s’attaquer’’ sans relâche à la cause : la réparation de la valvule mitrale dégénérative et des cordages tendineux rompus. Le but est de sevrer les chiens insuffisants cardiaques de leur traitement médical et d’allonger leur durée de vie à leur espérance de vie inhérente à leur race. »

Pari gagné ! Entouré de quelques étudiants qui font maintenant encore partie de son équipe, le Dr Uechi, interniste, est devenu progressivement chirurgien et a réussi à mettre au point cette procédure en 7 ans avant de publier dans la Veterinary Cardiology en 2012, une fois un taux de succès satisfaisant obtenu. « En tant que chef d’orchestre de la procédure médico-chirurgicale, il a construit et éduqué une équipe de vétérinaires performant où chacun exerce son rôle à la perfection. Sa grande force est la maitrise de chaque spécialité : la circulation extracorporelle (point crucial), l’anesthésie et les techniques de réanimation, le monitoring et les soins intensifs post-opératoires, la cardiologie, l’échocardiographie-doppler et enfin la technique chirurgicale ! Face au succès de sa nouvelle procédure, le Dr Uechi a maintenant quitté l’université et exerce au Japon exclusivement en hôpital privé avec son équipe de vétérinaires, dans une structure de référé spécifiquement dédiée à la chirurgie cardiaque sous circulation extracorporelle. Ces progrès tiennent donc bien initialement à un seul homme. »

 

Pour en savoir plus et aller plus loin

Pour les confrères qui souhaitent obtenir davantage d’informations, il est possible de contacter le Dr Sabine Bozon et/ou le Dr Jean-Hugues Bozon :

  • par téléphone au : 01 39 53 17 17
  • par email à : contact@iccu.fr

Il est également possible de visiter le site web www.cliniqueveterinairebozon.fr

 

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Texte : Claude Pacheteau/SantéVet

Photos : DR

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Claude Pacheteau
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