Santévet : Qu'est-ce qui vous a motivé à devenir toiletteuse professionnelle et quel est votre parcours de formation ?
Corinne Petitfils : Mon premier chien s’appelait Sinky. C’était un caniche nain abricot. J’ai appris à ses côtés ce qu’était le brossage, le démêlage, les soins quotidiens… Puis la toiletteuse de l’époque m’a confié des astuces pour prendre soin de son pelage.
Suite à tout cela, les techniques de toilettage m’ont intéressées ainsi que le style, les différentes coupes, la mise en valeur de la morphologie de l’animal, le lien avec le chien et les maîtres.
J’ai obtenu un bac spécialisé en gestion et en comptabilité en vue de tenir un commerce. Puis j’ai suivi une formation au CFNT (centre de formation nantais de toilettage) et travaillé dans divers salons.
Mais mon envie d’être autonome m’a poussé à ouvrir mon propre salon de toilettage « Sinky Toilettage » à la Bernerie-en-Retz (Loire-Atlantique), puis à évoluer en travaillant au domicile des personnes. Le toilettage à domicile permet au chien de rester dans son environnement avec ses maîtres. Cela peut déstresser les plus tendus.

S. V. : Travaillez-vous en salon et/ou à domicile ?
C. P. : Actuellement je travaille au domicile des maîtres. Je me déplace avec ma table et tout le matériel nécessaire : brosses, shampooing, sèche-poils, tondeuse. Je propose également la vente de petits articles : brosses, peignes, shampooings, etc. J’apprécie travailler ainsi. Je suis en contact direct avec les clients. Cela permet d’échanger et, pour certains, de rompre la solitude.
S. V. : Pourquoi certains toilettages sont plus chers que d'autres ?
C. P. : Mes tarifs peuvent varier suivant certaines situations : l'état de la fourrure : en période de mue, emmêlée, fragile (problèmes de peau). Éventuellement l'âge de l'animal, le toilettage d'un animal très jeune ou âgé demandant plus de temps. Mais aussi le comportement de l'animal. Les individus agressifs peuvent être refusés ou muselés. Enfin, le style de toilettage : coupe au ciseau très structurée, épilation ont une incidence sur le coût d'un toilettage pour chien.
« Avec les clients, nous partageons un moment complice. »
S. V. : Pouvez-vous décrire une journée type dans votre salon ?
C. P. : Les journées ne se ressemblent pas, étant donné que je me déplace chez les clients. Les rendez-vous s’enchaînent et les chiens sont tous différents.
Une fois arrivée, j’installe la table de toilettage dans la cuisine, la salle de bain ou toute autre pièce qui ne craint pas les poils volants. Puis le petit client sur ma table et je prends de ses nouvelles en discutant avec son humain : santé, comportement, nouveautés… Je questionne sur la toilette souhaitée, c’est souvent la même chose.
En cas de nouveau client, je m’attarde sur ses éventuels problèmes de santé (douleurs, opération,…) et je demande souvent une photo de la coupe voulue.
Vient ensuite la tonte ou la pré-coupe aux ciseaux, démêlage, griffes, nettoyage d’oreilles puis bain. Celui-ci se déroule le plus souvent dans une douche, une baignoire ou pour les petits modèles, dans l’évier. Le shampooing est adapté aux poils.
Après le séchage sur la table, la tonte se finalise ou la coupe aux ciseaux se précise. Cette dernière prend plus de temps car elle est plus minutieuse.
Une fois la toilette terminée, je balaie et je range mon matériel. Le chien et le maître sont heureux et la plupart du temps, nous partageons un moment complice devant un petit café. Suite à cela, je roule vers mon prochain client.

S. V. : Comment adaptez-vous vos techniques selon les races de chiens ?
C. P. : Toilettant au domicile du client, il m’est difficile de m’occuper des grandes races. Je me concentre sur les chiens ne dépassant pas les 20 kilos. Certains n’aimant pas l’eau, il peut être compliqué de les empêcher de s’enfuir.
J’adapte les coupes suivant les envies des clients. Mais selon les situations, cela peut ne pas être possible. Certains animaux n’étant jamais brossés seront tondus pour ne pas les blesser ou les stresser. Suite à cela, des conseils de soins et des explications sur la nécessité du brossage (en plus du côté esthétique, cela permet de surveiller la peau, les éventuels parasites…) sont transmis aux propriétaires.
« Il est nécessaire de transmettre des ondes positives et un sentiment de détente. »
S. V. : Gérez-vous des cas difficiles (chiens stressés, agressifs) ? Comment procédez-vous ?
C. P. : Les chiens stressés peuvent devenir agressifs et inversement. Pour qu’un toilettage se déroule bien, il est nécessaire de transmettre des ondes positives et un sentiment de détente. L’animal ressent tout, même notre appréhension.
La patience permet de proposer un soin adapté à chaque individu. Pour un animal sensible aux bruits, on évitera au maximum de sécher ses poils ou d’utiliser le pulseur s’il ne le supporte pas.
Dans les cas extrêmes et suite à une morsure, il est malheureusement nécessaire de museler le chien.
S. V. : Vous arrive-t-il de toiletter des chats ?
C. P. : Lorsque j’avais mon propre salon, j’ai reçu des chats. La plupart du temps, s’ils côtoient la toiletteuse, c’est qu’ils ne sont pas habitués au brossage. La présence des maîtres était impérative pour rassurer l’animal. Les soins ne duraient pas plus d’une heure, ce qui est déjà beaucoup de stress pour le petit client. Si cela devenait trop pénible pour lui, la séance était arrêtée et reportée. À domicile, cela ne m’a jamais été demandé. Dans mon salon, les chats n’ont jamais été sédatés.
S. V. : Faut-il avoir une résistance physique particulière ?
C. P. : Pour faire du toilettage à domicile, il est indispensable de ne pas avoir de problèmes de dos. Il faut porter une table pliante, une boîte avec le matériel et savoir parfois travailler dans des lieux insolites.
Les baignoires des clients ne sont pas adaptées et les bacs à douche se multiplient. Cela ne simplifie pas les soins. En effet, en salon, les tables peuvent être réglées en hauteur ainsi que les baignoires. Cela facilite grandement le travail.
S. V. : Quels sont les aspects les plus gratifiants de votre travail ? Et les plus difficiles ou contraignants ?
C. P. : Ce que j’aime dans le métier de toiletteuse, c’est être en contact permanent avec les chiens, toutes races confondues. Elles ont toutes leurs particularités et leur personnalité.
Travailler chez les propriétaires crée un lien unique. Ils apprécient voir l’évolution du soin et, très souvent, demandent à participer. Il est facile de donner des conseils et des astuces.
Le plus difficile serait plus le côté logistique : porter le matériel, travailler parfois à l’étroit.
Il est également indispensable de tout désinfecter (ciseaux, tondeuse, table) et transporter un stock de serviettes…
S. V. : Quels conseils donnez-vous aux propriétaires pour l'entretien entre les séances ?
C. P. : Quelques conseils essentiels devraient être donnés au moment de l’adoption :
- Habituez votre chiot au brossage et au bain. Cela l’aidera toute sa vie.
- Brossez puis passez le peigne à la base du poil, le plus souvent possible, les séances seront moins longues pour le chien comme pour le maître.
- Le bain emmêle les poils car l’eau resserre les nœuds
- Utilisez toujours un produit spécial chien. Le Ph de leur peau est différent du nôtre.
- Traitez vos compagnons contre les parasites. Une fois infesté, le traitement peut être long et très contraignant.
S. V. : Pour optimiser le budget annuel du toilettage, quels conseils donnez-vous entre deux séances ?
C. P. : Entre deux toilettages, il est indispensable de bien brosser l’animal. Cela permet d’enlever les saletés et d’aérer le poil. Si ce dernier arrive trop emmêlé, il peut être possible que seule la tonte puisse être effectuée. Un chien ne supporte pas des temps de brossage trop longs, c’est douloureux.
Il est aussi conseillé de baigner son compagnon tous les 2 ou 3 mois avec un shampooing pour chien. De plus, des soins antiparasitaires sont essentiels pour sa santé.
Les oreilles, les griffes et les yeux doivent être nettoyés régulièrement. Des lotions sont disponibles chez le vétérinaire.
« Nous devons nous adapter au caractère parfois mouvementé et imprévisible des chiens. »

S. V. : Comment le métier a-t-il évolué depuis vos débuts ?
C. P. : Dans ma région, les attentes des maîtres ont changé. Ils souhaitent que le soin aille plus vite et soit moins cher. Malheureusement, cela n’est pas possible. Les animaux sont toujours aussi emmêlés et les maîtres attendent toujours le dernier moment pour prendre rendez-vous !
Je compare souvent le toilettage et les coiffeurs. Nous, nous nous occupons de tout le corps de l’animal et nous devons nous adapter à son caractère parfois mouvementé et imprévisible.
S. V. : Quelles sont les nouvelles tendances dans le toilettage ? Utilisez-vous des techniques ou produits innovants ?
C. P. : On aurait tendance à se tourner vers du toilettage bien-être. Les séances doivent être personnalisées et respectueuses du chien. Certains salons de toilettage proposent le brossage des dents, des massages, de l’aromathérapie ou des bains apaisants. Cela se développe. D’autres proposent des baignoires en libre-service.
Les produits évoluent vers tout ce qui est naturel, bio, sans substances agressives. Je m’informe et me forme régulièrement sur les nouveautés, les nouvelles coupes, les nouveaux produits. Les shampooings hydratants, réparateurs ou 3 en 1 sont souvent utilisés selon les besoins des clients.
S. V. : Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite se lancer dans ce métier ?
C. P. : Pour commencer en tant que toiletteur, il faut être persévérant et ne pas hésiter à pratiquer dans de nombreux salons avant de s’installer.
Il faut bien sûr, aimer les chiens et ne pas en avoir peur, cela va sans dire. Mais il faut également aimer partager avec les maîtres et savoir dire les choses.
S. V. : Quels sont vos projets ?
C. P. : Suite à cette formation de toilettage, j’ai voulu savoir comment bien éduquer les chiens. J’ai donc suivi une formation au CEEPHAO en tant qu’éducateur canin. Cela complétait mon activité de toilettage.
Après cela, je suis devenue comportementaliste animalier (chien – chat – cheval) également avec le CEEPHAO. Cela m’a apporté ma 3ème casquette.
Ce trio d’activités me passionne, mais je pense compléter cela en apprenant la communication animale et pourquoi pas monter une petite pension familiale !
Santévet
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